Monthly Archives: October 2014

Le parfum des goyaves – 2

Le parfum des fruits mûrs s’insinua comme un philtre magique à travers ses poumons, puis son cœur, puis sa tête où, derrière les paupières désormais closes, régna un instant le silence absolu. Et le silence avait une couleur vert pâle un peu dorée.

A la deuxième inspiration, l’angle des rues Jean Talon et St-Denis fondit dans un fracas muet, ainsi que les lettres rouges de l’enseigne du Marché Oriental, et les passants, et les autos, et les feux de circulation. Les goyaves firent disparaître le mois d’octobre.

L’une d’entre elles fut cueillie de l’arbre par une main tavelée et déposée dans la paume de Lila, à peine assez large pour la contenir. C’était l’époque où elle était encore plus petite que Mémé et la regardait par en-dessous, le regard un peu farouche et une main toujours accrochée au satin épais du pantalon de son aïeule.

  • Mange !

Le geste impatient de la main. La chair rose et ravissante, la multitude de grains en son cœur, la saveur douceâtre et légèrement acidulée qui persiste longtemps sur la langue. On ne s’attarde pas longtemps sous le pied de goyaves, il y a tant à faire : cueillir les herbes parfumées, ramasser les jujubes presque blets, étaler les grains de café dans un vanne pour qu’ils sèchent au soleil.

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Le parfum des goyaves – 1

Crédits photo: Thinkstock

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Ils seront tous là, attablés autour de minces piles de papier et de carnets sur lesquels ils feindront de griffonner quelques mots. Le décor changera à peine, un café plus ou moins bruyant, plus ou moins plein. Leur face sera strictement la même : un masque gonflé d’importance, les yeux durs, le sourire absent. Un calembour de circonstance suspendu aux commissures des lèvres, qui sonnera aussi faux que la chute d’une rose en plastique dans un vase du Dollarama.

Il y aura Mr. Machin bien sûr, inoffensif et pleutre, les traits dissimulés sous un foisonnement de poils blancs, trop maigre pour emprunter sa bonhommie au Père Noël. Il arrivera quelques minutes à l’avance, traînant avec lui des effluves douceâtres de moisissures et de malpropreté. Avant toute chose, il commandera un café au lait et une pâtisserie : la plus dodue, la plus dégoulinante, la plus sucrée de l’établissement. Il en mastiquera de petites bouchées sonores avant d’en laisser la moitié dans la soucoupe, les doigts promptement essuyés sur son pantalon. Lorsqu’il prendra la parole, son timbre nasillard et un brin théâtral semblera tout droit sorti d’un poste de radio des années cinquante, annonçant les réclames avec une inépuisable emphase. Ses phrases n’auront ni fin, ni but apparent. Au fur et à mesure de la discussion, des tics nerveux feront tressauter sa pilosité neigeuse et ses paupières bouffies plissées sur un regard clair. Continue reading

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